dimanche 6 mars 2016

Friedland - octobre 2015

Voici le compte-rendu d’une bataille Ier Empire qui s’est tenue à la mi-octobre dernier au WOC, le « club » pas très officiel qui se réunit régulièrement dans la salle de jeu d’un copain à Orcet, près de Clermont. La partie remonte un peu mais je n’ai pas eu le temps de faire ce CR avant, alors il sera peut-être un peu approximatif mais le principal, c’est d’en parler. J
Trois photographes se sont relayés pour immortaliser cette journée. Comme d’habitude, désolé pour la médiocrité de certaines images…
Voici d'abord quelques vues de la préparation de la table avec Christian :
 
 
 
 Le champ de bataille !
Devant nous à droite, Heinrichsdorf, village très important qui verrouille la route de Königsberg.
 
Le plan de la table.
Heinrichsdorf est en haut à gauche, Friedland au centre à droite et le bois de Sortlack en bas à gauche.
 
L'aile droite française et le bois de Sortlack
 

Ce jour-là, les membres éparpillés du WOC étaient presque au complet autour du maître des lieux Christian : Christophe, Patrick, Stéphane, Bruno et Franck, ce qui était déjà inespéré. Mais, cerise sur le gâteau, nous avions également 3 invités venus du Périgord et de Corrèze pour l’occasion. Ce prompt renfort était plus que bienvenu puisqu’il me permettait enfin d’organiser une vraie  « grande » bataille. Bon, « grande », c’est tout relatif mais tout de même, c’est la première fois que j’arrivais à réunir 9 joueurs sur une journée.

L’idée était de rejouer la bataille de Friedland, livrée par l’empereur Napoléon aux Russes de Bennigsen lors de la campagne de Pologne en juin 1807. Le scénar débute vers 14h00. Dans la réalité, on se bat déjà depuis 3 ou 4 heures du matin mais l’armée française termine sa concentration et dans l’optique de Napoléon, la bataille va enfin commencer. Les Russes sont presque tous passés sur la rive gauche de l’Alle et ils vont devoir combattre avec la rivière à dos !

L’ordre de bataille mis en place respecte les grandes formations (divisions, corps d’armée) engagées dans la bataille, même si la très grande taille des armées en présence m’a amené à réduire le nombre d’unités sur table dans un certain pourcentage. On a donc joué 142 bataillons et 80 unités de cavalerie sur une table d’environ 6 mètres de long par 1,80 de profondeur.

 La cavalerie de Grouchy devant Heinrichsdorf
 
 Briefing du matin, je passe en revue l'aile gauche russe devant Patrick et Stef très attentifs.
 
 Déploiement du centre russe.
Derrière en contrebas du plateau, la garde du tsar.
 
Bennigsen, général en chef russe.
 

Le  briefing se passe à 10h du matin, suivi de la réunion des états-majors (début de la partie de figs vers 11h).

Chez les Russes, Christian commande l’aile droite dans le rôle du prince Gortshakov (3ème division d’infanterie, cavalerie d’Uvarov et de Kollogribov : 10 bataillons, 15 escadrons, 36 pièces en 3 batteries) ; Thierry le Périgourdin dirige le centre en tant que Dokhtorov (7ème et 8ème divisions, cavalerie du prince Gallitzin : 10 bataillons, 10 escadrons, 48 canons en 4 batteries). L’infanterie de la garde impériale est derrière le centre (10 bataillons). De l’autre côté du Mühlenbach, l’aile gauche est partagée entre Patrick (Lvov, 2ème et 6ème divisions, cavalerie de Kretow : 10 bataillons, 6 escadrons, 70 pièces en 5 batteries) et Stéphane (prince Bagration, le meilleur général russe, avec la puissante avant-garde de l’armée : 18 bataillons, 4 escadrons, 12 pièces en 1 batterie).

Sur la rive droite se trouvent encore quelques renforts potentiels qui n’ont pas participé à la vraie bataille mais que les joueurs russes peuvent appeler à eux, moyennant la perte de quelques points de victoire.

Côté français, Christophe commande l’aile gauche du maréchal Mortier  qui couvre la route de Königsberg  avec la cavalerie de Grouchy et le VIIIème  corps (12 bataillons, 14 escadrons, 28 pièces en 4 batteries) ; Bruno fait le centre gauche avec la division Verdier du corps de Lannes (8 bataillons et 16 pièces en 2 batteries), la Garde impériale viendra se ranger derrière lui (6 bataillons, 6 escadrons et 22 pièces en 3 batteries) ; à sa droite, Jean-Pierre le Corrézien commande le reste du corps de réserve de Lannes en plein centre (division des grenadiers d’Oudinot et division de cuirassiers de Nansouty, soit à peu près toutes les troupes d’élite françaises hormis la Garde : 10 bataillons, 10 escadrons et 14 pièces en 2 batteries) ; Michel le 2° Périgourdin joue le rôle de Ney, commandant le VIème corps et les dragons de Latour-Maubourg à l’aile droite (13 bataillons, 7 escadrons, 14 pièces en 2 batteries).

Pour ma part, je vais superviser le début de partie puisque nos 3 invités, bien que joueurs expérimentés, ne connaissent pas du tout la règle et 2 de « nos » joueurs ne l’ont pas pratiquée depuis des lustres. Autant dire que je flippe un peu en espérant que scénar et règle tournent comme il faut ! Par la suite, je prendrai le commandement des renforts, dragons de Lahoussaye puis Ier corps du général Victor qui arriveront par la route d’Eylau, entre Lannes et Ney (16 bataillons, 6 escadrons, 22 pièces en 3 batteries).

La garde française est également sujette à la règle qui nous fait perdre des points de victoire si elle est engagée.


Tout ça commence sur les chapeaux de roue, puisque Jean-Pierre au centre fonce directement avec ses deux divisions sur le plateau. Je me dis que si l’attaque tourne mal, Napoléon va se retourner dans ses Invalides parce qu’on n’aura rien pour boucher le trou ! A sa gauche, Bruno le soutient en s’avançant dans le vallon qui le sépare du centre russe.

 L'attaque de Lannes
 
 Les cuirassiers de Nansouty et les grenadiers d'Oudinot
 
 
De son côté, Christophe, dont l’objectif est la défense de Heinrichsdorf, sur la route de Königsberg, joue l’attente (comme Mortier dans la réalité) et replie courageusement sa cavalerie pour retarder l’affrontement au maximum J
 Le vaste mouvement de la cavalerie russe.
 
 Les dragons français se repositionnent.
 
A droite également, Michel choisit de temporiser en voyant son adversaire direct, Bagration, prendre des allures offensives. Ceci ne m’étonne pas de Stéphane qui n’est pas du genre à attendre de son côté.
 
Par contre j’ai l’impression d’un manque chez les Russes. Ou plutôt c’est une impression qui va se dessiner petit à petit et lorsque je comprends ce qui ne va pas, il est trop tard pour modifier le cours des choses. En effet, le matin, Stéphane a loupé le briefing général et est arrivé juste pour la réunion d’état-major russe. Je lui ai donc fait un topo rapide de la situation mais j’ai oublié de mentionner l’arrivée des renforts de Victor (leur point d’entrée est connu des Russes). Or personne dans son camp n’a songé à l’en avertir et il ne s’attend pas à ce que les forces françaises face à lui double quasiment leur effectif au bout de quelques tours. Ce qui explique un mouvement offensif trop orienté vers l’extrême gauche de la ligne russe et le bois de Sortlack alors que les objectifs principaux étaient plutôt sur leur droite vers la route de Königsberg ! s’il avait connu la présence des renforts français, il n’aurait certainement pas attaqué de cette manière-là.
 
Une autre surprise vient du fait que Christian attire toute la cavalerie russe, celle du centre y compris, vers son aile droite, tout en retardant son attaque. Ceci laisse le temps à Christophe de reformer sa ligne de défense et à la cavalerie de la garde française de partir le renforcer dès son arrivée sur la table.
La cavalerie russe tente de flanquer Grouchy.
 
Sur le plateau au centre, les Russes se sont imprudemment étirés pour lier l’aile de cavalerie de Christian, en déportant notamment plusieurs batteries d’artillerie vers leur droite. De plus, les premiers combats de Lannes tournent aussitôt à son avantage. Les grenadiers d’Oudinot bousculent les bataillons russes et Jean-Pierre n’hésite pas une seconde à lancer les escadrons de Nansouty sur les carrés et les batteries russes ! Tout ceci avec succès malgré quelques actes d’héroïsme pur de la part des troupes de Thierry. Malheureusement pour lui, les tours de combat passent et sa ligne se disloque petit à petit, d’autant qu’il n’a plus un seul escadron pour le soutenir, Christian ayant piqué toute la cavalerie ! On voit ici que l’utilisation des trois armes fonctionne correctement : les cavaliers français forcent les bataillons russes à se former en carrés qui se font aussitôt démolir par la puissante batterie installée aux côtés de l’état-major de l’empereur, avant d’être détruits pas l’action de l’infanterie et des cuirassiers.
 
 A droite de l'image, la division Verdier appuie la progression du maréchal Lannes
 
 Ses tirailleurs menacent vite les batteries russes du plateau.
 
 
 
 
 
 Premiers contacts, les carrés russes repoussent les cuirassiers
 
 Les bataillons russes vont se battre comme des diables...
 
...mais la grande batterie française ne leur laisse pas de répit.
 

Comme la Garde russe s’est avancée (une grande partie envoyée dans Friedland, le reste sur le plateau), il n’y a plus de réserves et les troupes d’Olsufiev doivent franchir l’Alle. Leur arrivée est salutaire et sauve momentanément la situation au centre. Mais l’action de Lannes n’est que retardée et non enrayée.

Pendant ce temps, Grouchy a été engagé par la cavalerie russe. Christophe n’est pas très optimiste d’autant qu’il a déjà perdu une batterie sous le feu de l’artillerie à cheval d’Uvarov. Les premiers combats tournent à son désavantage. Les pertes sont sévères mais il arrive tant bien que mal à contenir l’ennemi jusqu’à l’arrivée de la cavalerie de la Garde. Alors la situation se renverse. Au terme d’un combat épique, les escadrons français reprennent le dessus avant même l’intervention des gardes à cheval (comme historiquement, seuls les dragons ont donné) : Grouchy a retourné la situation. Enfin, l’infanterie de Mortier a amorcé sa poussée dans le prolongement de Verdier/Bruno en direction du plateau dégarni par les Russes. En soutien, Bruno a aussi fait avancer l’infanterie de la Garde.

 Les grands combats de cavalerie de l'aile gauche française.
 
 
 
Christophe/Grouchy n'en revient pas d'être encore en vie
et Christian/Kollogribov se demande pourquoi tout cela a tourné en eau de boudin...
 
La division hétéroclite de Dupas avance à son tour dans le prolongement de Verdier et Dombrowski. Elle soutient ainsi le centre et son aile de cavalerie sous Grouchy.
Je parle de "division hétéroclite" car elle est formée d'infanterie française "classique", du 15ème de ligne en habit blanc, de la garde de Paris en habit rouge, d'éléments saxons en habit blanc également.
 
Vers Friedland, une tentative de la garde russe est faite pour menacer le flanc droit de Lannes qui continue l'ascension du plateau. Mais Jean-Pierre déporte quelques unités sur le ruisseau et la marche des Russes est contenue.
 Les troupes d'Oudinot corrigent les réserves russes.
 
 Thierry, pressé de toutes parts, a fort à faire. Repoussé au centre, il tente de menacer le flanc de Lannes avec la garde russe qui sort de Friedland.
 
Mais Jean-Pierre bloque les tentatives de la garde de l'autre côté du ruisseau du moulin.
 
Après une fusillade nourrie de part et d’autre du Mühlenbach, l’arrivée des bataillons de Victor qui débouchent de Posthenen force les gardes russes à rentrer dans la ville de peur d’être pris de flanc au passage du ruisseau.

 Sur la gauche russe, Bagration a repoussé Ney derrière le ruisseau.
 
 Malheureusement pour lui, les renforts français conduits par Victor débouchent à Posthenen.
 
De plus en plus nombreux, ils marchent en direction de Friedland.
 
 Tout en attaquant Lvov qui lie l'aile gauche au centre russe.
 
 Au premier plan, Victor repousse Lvov.
Au fond, Bagration comprend qu'il est coupé du gros de l'armée et se replie.
 
Bientôt le plateau centrale est quasiment pris. Le centre de Thierry va forcément tomber sous peu, vu le nombre de bataillons qui l'accablent. Même si Friedland n'est pas physiquement entre leurs mains, les Français ne peuvent que l'emporter.
 
Comme historiquement, les restes de l’aile gauche russe vont se replier ou plutôt s’enfuir sur la rive opposée par le passage de Sortlack sous la protection (difficile) de la cavalerie tandis que Ney, Dupont et les dragons de Lahoussaye et Latour-Maubourg lancent la poursuite.
Au centre, les derniers bataillons de Somov et Maliutin vont avoir bien des soucis à se tirer de leur délicate situation car la pression d’Oudinot et Lannes va être très forte. Et Victor va bientôt venir appuyer sur Friedland. Sur l’aile gauche française enfin, les cavaliers russes très malmenés vont filer en direction d’Allenburg par la rive gauche de l’Alle mais Grouchy va pouvoir lancer la poursuite grâce à une deuxième ligne intacte et au renfort de la cavalerie de la Garde.
En clair, on marche droit vers Tilsit, avec un résultat au moins aussi catastrophique voire pire que celui de la bataille historique pour les Russes.
 
A 18h30-19h du temps réel, la défaite de l’armée du Tsar était donc consommée et il était logique que Bennigsen fasse retraite. On a arrêté de jouer car la suite n’aurait été qu’un bonus sanglant et sans renversement possible, même si Thierry pouvait peut-être encore espérer tenir un peu au centre et surtout vendre chèrement sa peau avec la garde dans Friedland même.
 
 
Je suis ravi de voir que la journée nous a suffi (incluant la pause déjeuner) pour mener à bien cette bataille. Donc la règle fonctionne bien et mon scénario aussi, même si je pense que cela tient aussi beaucoup au comportement des joueurs. Par exemple Jean-Pierre, avec les divisions Oudinot et Nansouty, n’a pas hésité une seconde. Dès le premier tour, il s’est résolument avancé vers le plateau qui domine Friedland pour empêcher les Russes de prendre l’offensive sur la route de Königsberg et y bousculer leur centre.
 
 
En face, les généraux russes (Thierry plein centre et Christian à l’aile droite) avaient choisi de répartir leur artillerie sur tout le plateau. C’était pas bête puisqu’ils ne savaient pas d’où viendraient les coups mais Jean-Pierre n’a pas eu à faire face à des tirs massifs ni très décisifs malgré la masse que l’artillerie russe aurait pu fournir et son attaque n’a jamais été enrayée.
 
 
Les Russes déplorent la perte de leurs deux meilleurs généraux, Bagration et Doktorov, témérairement attachés au combat. Les pertes françaises sont quasi insignifiantes face au désastre des Russes. Chose extraordinaire, nous n’avons perdu entièrement que quelques escadrons de cavalerie et aucun bataillon d’infanterie, même si certains étaient bien entamés ! En échange, les Russes ont perdu beaucoup plus de troupes mais moi, j’en ai perdu le compte. J
 
 
Bref, une bonne journée que le WOC s’est promis de reconduire.
 
 
EDIT : Après calcul rapide, il y avait à vue de nez 1800 fantassins et plus de 350 cavaliers sur la table + 71 pièces d'artillerie et leurs servants. Les Français avaient une nette supériorité en infanterie (presque 1000 contre un peu plus de 800) que les positions en hauteur et l'artillerie russe n'ont pas su compenser. Le succès ne vient donc pas par hasard.

8 commentaires:

moipasfou a dit…

Impressionnant et très sympa à lire

Phil a dit…

Il ne faut jamais arriver en retard à une réunion d'état major!!! Cela symbolisera le brouillard de guerre...Bon, j'ai rarement vu une salle (et une table) aussi magnifique! Ca doit être très sympa (et atmosphérique) de jouer dans ces conditions...et très belle bataille, bravo!

Michel a dit…

Très agréable journée due à une organisation hors pair, une scénario très bien préparée, de belles figurines,...C'est définitivement à refaire !

Thierry a dit…

C'était ma première expérience d'une bataille avec 9 joueurs et en découvrant la règle de Franck.
Tout a été une grande réussite. L'accueil de Christian a été d'une rare gentillesse.
Franck a réussi à adapter parfaitement le scénario avec les ordres de bataille.
Ce qui a fait que l'engagement a été parfaitement équilibré.
Ce compte rendu reprend parfaitement l'historique du combat avec son intensité et ses moments critiques.
En fonction de mes disponibilités, je suis bien sur volontaire pour une autre bataille. Je regrette de ne pas avoir pu participer à 'Dresde'.

Stef a dit…

Bon, certs, je suis arrivé en retard au briefing, mais les généraux Russes étaient souvent bourré, donc ca peut coller à la réalité. :)
En tout les cas, une super partie, et une trs bonne journée de jeu.

Apa a dit…

J'ai pas dit que t'étais arrivé à jeun, remarque. :)

Merci à tous pour vos commentaires, les gars.
Et merci aussi à Christian pour son accueil, sa disponibilité, ses décors et armées gigantesques. Si je lui suggérais qu'on fabrique les Alpes pour y faire passer Hannibal ou Bonaparte, je suis sûr qu'il serait partant
C'est un plaisir pour moi aussi de pouvoir enfin mettre en place de telles batailles. :)

Carlo a dit…

What a magnificent looking game - well done gentlemen!

Apa a dit…

Many thanks Carlo ! Happy you like it :)

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